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Fontaine et PFAS en Suisse : risques pour l’eau potable

Fontaine et PFAS en Suisse : risques pour l’eau potable

Fontaine et PFAS en Suisse : risques pour l’eau potable

En Suisse, les fontaines publiques font partie du paysage. On les croise sur une place de village, au bord d’un sentier de montagne, devant une mairie ou dans un quartier urbain. Elles évoquent la fraîcheur, la confiance, parfois même un petit réflexe presque instinctif : on remplit sa gourde sans trop réfléchir. Mais cette confiance mérite aujourd’hui un examen plus attentif. Car derrière l’image de l’eau claire peut se cacher une réalité moins visible : la présence de PFAS, ces substances chimiques persistantes qui inquiètent de plus en plus les spécialistes de l’eau potable.

La question n’est pas de savoir si l’eau d’une fontaine “a l’air propre”. La vraie question est plus exigeante : d’où vient cette eau, par quels sols elle a filtré, quels rejets elle a pu rencontrer en amont, et surtout, a-t-on réellement mesuré ce qu’elle contient ? En matière de PFAS, l’œil ne suffit pas. Et c’est précisément là que le sujet devient sensible.

Fontaines en Suisse : un symbole de confiance à interroger

En Suisse, les fontaines sont souvent alimentées par des réseaux communaux, des sources captées localement ou des nappes phréatiques. Dans l’imaginaire collectif, cela renforce l’idée d’une eau “naturelle”, donc sûre. Pourtant, naturel ne veut pas dire exempt de pollution. Une source peut être claire tout en transportant des contaminants invisibles. Une nappe peut être protégée pendant des décennies puis contaminée par des activités industrielles, des mousses anti-incendie, des sites de traitement de déchets ou certains usages agricoles et urbains.

Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, posent un problème particulier. Elles sont utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. Le revers de la médaille est bien connu : elles se dégradent très peu, s’accumulent dans l’environnement et peuvent persister longtemps dans les eaux souterraines. Si une fontaine est alimentée par une ressource touchée, elle peut devenir un point de consommation concerné, même si son aspect reste irréprochable.

Autrement dit, une fontaine n’est pas automatiquement un problème. Mais elle n’est pas non plus automatiquement une garantie. Et c’est un nuance importante.

Pourquoi les PFAS inquiètent autant les spécialistes de l’eau

Les PFAS sont souvent qualifiés de “polluants éternels”, une expression imparfaite mais parlante. Ils ne disparaissent pas facilement, circulent dans l’eau, les sols et parfois dans les organismes vivants. Certaines molécules de cette famille ont été associées à des effets préoccupants sur la santé, notamment sur le foie, le système immunitaire, le métabolisme ou encore la fertilité. Les études progressent, les évaluations sanitaires aussi, mais une certitude demeure : l’exposition chronique à certaines PFAS est prise très au sérieux par les autorités sanitaires et environnementales.

Le problème principal, pour l’eau potable, tient à trois éléments :

Ce dernier point est essentiel. On ne peut pas se contenter d’un test visuel, d’une odeur ou d’un goût. Les PFAS ne donnent généralement aucun signe perceptible. L’eau peut être limpide et pourtant contenir des concentrations mesurables. Voilà pourquoi la surveillance analytique devient déterminante.

En Suisse, d’où vient le risque pour les fontaines ?

Le risque n’est pas identique partout. En Suisse, certaines zones sont plus exposées que d’autres selon l’histoire industrielle, la présence de sites d’entraînement ou d’extinction d’incendie, la proximité d’aéroports, certaines activités de traitement de surface ou encore des décharges et remblais potentiellement contaminés. Les réseaux hydrauliques ne connaissent pas toujours les limites administratives : une pollution peut voyager, lentement, dans une nappe phréatique ou un captage partagé.

Les fontaines publiques sont donc concernées de manière indirecte. Si la source ou le captage qui les alimente est touché, l’eau distribuée à la fontaine l’est aussi. Le problème est d’autant plus délicat que ces points d’eau sont souvent associés à une consommation spontanée : randonneurs, enfants, habitants, touristes, animaux… tout le monde y passe. La fontaine devient alors un point de vigilance sanitaire, surtout lorsqu’elle est située dans une zone peu documentée ou à proximité d’une activité potentiellement émettrice de PFAS.

Un autre point mérite d’être souligné : certaines communes disposent d’une excellente connaissance de leur réseau et de leurs sources, tandis que d’autres ont encore une vision parcellaire des contaminations possibles. Entre “on n’a jamais eu de problème” et “on a vérifié”, il y a une différence considérable. En environnement, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence. C’est parfois le détail qui change tout.

Fontaines et eau potable : quels risques concrets pour les usagers ?

Le risque pour le consommateur dépend de plusieurs facteurs : la concentration des PFAS, la fréquence d’exposition, l’âge de la personne et sa vulnérabilité. Une consommation occasionnelle d’eau de fontaine n’a évidemment pas le même impact qu’une exposition régulière sur plusieurs années. Mais le sujet n’est pas anecdotique, surtout dans un pays où l’eau du robinet est largement considérée comme sûre et où l’on utilise volontiers les fontaines publiques pour boire sans bouteille plastique.

Il faut aussi penser aux usages plus discrets : préparer une boisson chaude, remplir des gourdes pour la journée, donner de l’eau à un enfant ou à un animal. Une fontaine située dans un lieu touristique ou sportif peut servir à de nombreuses personnes dans un laps de temps court. Si l’eau est contaminée, l’exposition se multiplie rapidement.

Les PFAS ne représentent pas un danger immédiat de type intoxication aiguë dans la plupart des cas observés. Leur enjeu est plus insidieux : l’exposition répétée, l’effet cumulatif, la difficulté à les éliminer de l’environnement et, dans certains cas, la nécessité de mesures correctives lourdes comme le traitement par charbon actif ou osmose inverse. Bref, ce ne sont pas des substances qu’on peut traiter à la légère. Littéralement et au sens figuré.

Comment savoir si une fontaine est concernée ?

La réponse courte est simple : il faut des données. La réponse pratique est plus nuancée. Toutes les fontaines ne sont pas analysées régulièrement pour les PFAS, et toutes les communes n’affichent pas publiquement les résultats de manière détaillée. Cela peut créer un angle mort, alors même que les usagers s’imaginent boire une eau forcément contrôlée.

Quelques indices peuvent toutefois aider à situer le niveau de vigilance nécessaire :

Dans le doute, un réflexe utile consiste à consulter la commune ou le service des eaux. Les autorités locales devraient être capables d’indiquer si la fontaine dépend d’un captage contrôlé, si des analyses ont été réalisées, et quels paramètres ont été mesurés. Une réponse précise vaut mieux qu’un discours rassurant mais vague.

Que font les autorités et que devrait-on attendre d’elles ?

La gestion des PFAS en Suisse avance, mais elle soulève encore des questions de transparence et d’harmonisation. Les valeurs de référence, les stratégies de surveillance et les priorités d’assainissement ne sont pas toujours uniformes selon les cantons et les contextes locaux. Or, face à une pollution aussi persistante, l’approximation n’est pas une option.

Pour les fontaines, on devrait pouvoir attendre plusieurs choses :

Le vrai sujet n’est pas uniquement de filtrer l’eau quand la contamination est déjà là. C’est aussi d’identifier les sources de pollution, de réduire les émissions à la source et de protéger durablement les ressources. Sinon, on se contente de déplacer le problème. Une fontaine équipée d’un traitement performant ne doit pas faire oublier le captage contaminé en amont.

Peut-on encore boire à la fontaine sans inquiétude ?

Oui, parfois. Non, pas aveuglément. C’est probablement la réponse la plus honnête. Beaucoup de fontaines suisses fournissent une eau de bonne qualité, parfaitement potable, et demeurent un atout précieux, notamment dans les espaces publics et les zones de randonnée. Mais la présence possible de PFAS change la façon d’évaluer ce patrimoine hydraulique. La confiance doit être fondée sur des données, pas sur l’habitude.

Pour les usagers, il n’est pas question de céder à la panique. Il est surtout utile d’adopter une vigilance raisonnée. Si une commune publie des analyses rassurantes et régulièrement mises à jour, le niveau de confiance est naturellement plus élevé. Si aucune information n’est disponible, surtout pour une fontaine située dans une zone sensible, la prudence s’impose.

Et pour les collectivités, le message est clair : une eau propre n’est pas seulement une eau claire. C’est une eau surveillée, expliquée et protégée.

Ce que chacun peut faire à son échelle

Face aux PFAS, l’action individuelle ne remplace pas la régulation publique, mais elle peut contribuer à faire bouger les lignes. Demander des informations à sa commune, relayer les besoins de transparence, signaler une fontaine douteuse, s’intéresser aux rapports d’analyse : ces gestes sont simples, mais ils comptent. Plus les citoyens posent des questions précises, plus les autorités sont incitées à renforcer la surveillance.

Il est aussi utile de soutenir les démarches de prévention. Réduire l’usage de produits contenant des PFAS, promouvoir des alternatives dans les équipements publics, mieux encadrer certains rejets industriels, protéger les zones de captage : tout cela participe à sécuriser l’eau, y compris celle qui sort des fontaines.

Enfin, gardons à l’esprit une idée fondamentale : l’eau potable est un bien commun. Lorsqu’elle est menacée par des contaminants persistants, le débat ne devrait pas rester technique ou discret. Il concerne la santé publique, la responsabilité des autorités, la qualité de notre environnement et la confiance dans un service essentiel. Et cette confiance, elle se mérite. Chaque jour.

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